Geneviève Godbout: choisir, avant tout

Alors qu’elle se prépare à hiberner comme maman ourse avec son tout premier enfant, une fille attendue en novembre, Geneviève Godbout a répondu à nos questions discrètes et indiscrètes concernant son parcours de conte de fée.


Geneviève, pour commencer, peux-tu nous parler des grands jalons qui ont marqué ton parcours?


J’ai d’abord étudié en cinéma d’animation à Montréal et ensuite à Paris où j’ai résidé pendant un an avant de déménager à Londres pour les sept années suivantes. C’est là que j’ai occupé le poste de character artist chez Disney Consumer Products. J’étais responsable de la franchise Winnie l’ourson et compagnie qui comprend les personnes de Bambi et des Aristochats, notamment. J’ai aimé ma trajectoire dans ce domaine, mais c’est en faisant des illustrations en parallèle que j’ai vraiment trouvé ma place. Au fur et à mesure que j’en faisais, j’ai développé mes contacts. Mes premiers livres, je les ai faits alors que je travaillais encore chez Disney. L’album Joseph Fipps, je l’ai illustré depuis Londres. J’avais même eu la chance de rencontrer l’éditrice et l’autrice qui étaient passées par l’Angleterre. C'étaient mes débuts dans le monde de l’édition…


En 2012, une agente de New York m’a contacté pour me représenter auprès du marché américain. C’était trop beau pour être vrai! Dix ans plus tard, elle est toujours à mes côtés! Grâce à elle, l’illustration est devenue mon métier à temps plein. En 2013, j’ai tout quitté à Londres et je suis revenu m’installer à Montréal. J’avais 28 ans.


Qu’as-tu retenu de tes années chez Disney?

L’animation et Disney m’ont apporté beaucoup de technique et de solidité à mon dessin. J’ai perfectionné mon aisance à créer le mouvement et l’intention des personnages. Je devais reproduire les dessins des personnages connus à la perfection, alors c’était un travail d’une grande précision, d’un grand conformisme. Je suis hyper reconnaissante d’avoir vécu cette expérience en entreprise avec d’excellentes conditions de travail. Cependant, je n’étais pas heureuse et je me serais éteinte à petit feu si j’avais poursuivi.


Tu vis de ton art, l’illustration. Décris-nous ton univers…

Avec mes dessins, je cherche à apporter du réconfort et de la bienveillance, sans tomber dans le gnangnan. Les livres sur lesquels je travaille sont en quelque sorte un refuge doux où les enfants et les parents peuvent se réfugier. J’aime la nostalgie, sans que ce soit trop triste. Une nostalgie qui fait sourire. Mon univers est carrément féminin et enfantin.


Que fais-tu pour entretenir l’inspiration et la créativité?

Je pourrais te répondre que les voyages ou l’observation des humains qui m’entourent sont des stimulations, mais je crois fermement que le travail est à l’intérieur de soi. Je ne suis jamais rentrée de voyage en ayant une idée d’exposition ou de livre. Il faut que je sois bien intérieurement et que je le fasse avec intention.


Ce n’est pas toujours évident. La première année de pandémie, je me suis jetée dans le travail. Trop. À un certain point, je me suis lassée. Je ne savais plus pourquoi je faisais les choses et je les enchaînais de manière presque compulsive. J’ai commencé à ressentir une déconnexion avec mon travail. J’ai donc pris un pas de recul ces derniers mois pour redéfinir ce que j’avais envie de faire… C’est un métier de passion et il faut entretenir la flamme! Je suis tombée enceinte au moment où j’ai commencé à lâcher prise, à vouloir explorer différemment.



À quoi ressemble ton espace de travail?


Travailler à la maison, ça ne fonctionne pas pour moi. Je n’ai pas assez de pièces, il me fallait louer un espace. J’occupe un espace de travail chez l’un de mes éditeurs, La Pastèque, depuis maintenant huit ans. C’est un environnement très stimulant. Mes voisins de bureau sont Michel Rabagliati et Isabelle Arsenault.


Quel est ton processus de création? Dans quel environnement te plonges-tu pour travailler?


Je suis très intuitive. Je commence par jeter des idées, chercher des couleurs, des inspirations et puis je dessine jusqu’à ce que je sente que ça clique. 


Parle-nous de ton expérience avec Demain Demain...

Cette collaboration m’apporte beaucoup parce que j’ai une liberté totale de créer ce qui me plaît: c’est à la fois complexe et super excitant. Pour la collection Marigold, j’ai fait beaucoup d’essais. J’ai recommencé, j’ai beaucoup jeté jusqu’à ce que ça corresponde à une esthétique féminine qui n’était pas enfantine et qui restait moi. Comme toujours, la nostalgie est présente, c’est la manière dont je m’habille et c’est aussi ce à quoi ressemble la décoration chez moi: un pied dans aujourd’hui et un pied dans le passé.


Pour la collection Mon Jardin avec Demain Demain, je me suis aussi beaucoup amusé. J’avais carte blanche. Dessiner la petite fille avec les plantes a carrément changé mon style de dessin pour mon livre suivant Wherever you’ll be (qui paraîtra en français à La Pastèque au printemps 2022). Le fait de travailler avec des couleurs différentes, la manière de traiter les personnages a vraiment donné un tournant à mon travail.


Demain Demain me donne le temps d’explorer, d’essayer des choses différemment. Cette collaboration me permet de continuer à travailler des motifs, mais dans un projet qui cadre avec mes valeurs. J’aime la gamme de produits de qualité qui est créée à partir de mes illustrations.


Tu es prolifique lorsqu’on regarde tous les projets que tu mènes de front. Dirais-tu que tu as gagné en rapidité au fil des ans d’expérience?


Je ne pense pas que j’ai gagné en temps. Ma technique est trop lente. C’est quasi méditatif. Je ne suis pas plus rapide, mais je travaille beaucoup. C’est pour cette raison que j’ai levé le pied sur la pédale au cours de la dernière année.


On sait que le monde l’édition n’est pas le plus payant et que gagner sa vie avec ses illustrations n’est pas donné à tout le monde. Dirais-tu que tu es une des privilégiées qui arrive à bien en vivre?


Je suis effectivement une des privilégiées. La raison? Je travaille aussi aux États-Unis et au Canada anglais. Les budgets y sont jusqu’à 10 fois plus élevés qu’ici. Naturellement, je continue à faire des livres au Québec pour des éditeurs coup de cœur, mais ce n’est pas très payant. Notre marché est petit. Il y a un beau travail qui est fait pour mettre en valeur les livres québécois dans le marché, mais les illustrateurs québécois peuvent difficilement en vivre.


En terminant, peux-tu nous dire ce qui s’en vient pour toi en 2022?

Outre le fait de devenir maman de ma petite fille, j’ai de beaux projets de livres que je vais laisser mijoter. Je veux me laisser habiter par ces projets avant de commencer à y travailler. L’été prochain, une exposition de mes œuvres (dont les originaux que j’ai dessiné pour Demain Demain) se tiendra dans une galerie de Los Angeles qui met souvent de l’avant des artistes du milieu de l’illustration et du cinéma d'animation. Je suis très excitée par cette première!

EN RAFALE

Ton illustrateur.trice coup de cœur?

Je ne peux pas nommer une seule personne. C’est horrible! Je dois évidemment nommer Isabelle Arsenault, mais aussi Emmanuelle Walker qui vient de Montréal et qui habite Londres. Elle va sortir un livre à La Pastèque bientôt. Ce qu’elle fait est très graphique. C’est toujours cool de découvrir la vision du monde à travers le dessin de quelqu’un d’autre. Je nommerais également Matt Forsythe et Christian Robinson aux États-Unis, j’ai lu pas mal tous leurs livres.


Un livre jeunesse qui t’a marqué?

J’ai eu un coup de cœur immense pour Une maman, c’est comme une maison de Aurore Petit. C’est tellement touchant, tellement beau que ça donne envie de pleurer. C’est un livre contemplatif sur ce que c’est une maman du point de vue d’un enfant. Je l’offre à tout le monde qui en attend un. Ça m’a parlé avant même d'être maman. Ah que c’est beau! 

Ses livres:
Joyeux Noël, Anne!
Rose à petits pois
Malou
Si je n'étais pas Anne
Quand le père Noël était petit

Où trouver ses créations:

Demain Demain
Site Web
Boutique Etsy
Instagram
Sur ton mur


Older Post

Leave a comment

Please note, comments must be approved before they are published